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L’intelligence artificielle n’existe pas – Luc Julia

L’intelligence artificielle n’existe pas – Luc Julia

Interview de Luc Julia

Vice-Président de l’innovation chez Samsung

À l’origine de Siri, l’assistant vocal aux 300 millions d’utilisateurs, Luc Julia a l’art de parler d’intelligence artificielle avec précision, pragmatisme et simplicité, bien loin des fantasmes et contre-vérités que l’on déplore parfois. Aux commandes du tout nouveau laboratoire
parisien de Samsung consacré à « l’intelligence artificielle », il entend développer des applications concrètes, directement liées à notre quotidien.

À quel niveau en sommes-nous dans le développement de l’intelligence artificielle ?

Au niveau zéro ! Cela vient du sens que l’on s’évertue à donner à « l’intelligence artificielle » depuis maintenant plus de 60 ans.

On peut en effet remonter aux débuts de l’IA en 1956, quand John McCarthy a décidé de nommer ainsi une discipline de la mathématique et de la statistique. Comme l’intelligence était concrétisée par les neurones dans notre cerveau, on a essayé de créer des neurones artificiels, entraînés par des données, en pensant qu’ils allaient créer de l’intelligence artificielle, comme par exemple reconnaître le langage ou les personnes. Ça n’a évidemment pas fonctionné. Conséquence : ce fut le premier « hiver » de l’IA, tombé dans l’oubli. Puis il revient dans les années 70, déçoit de nouveau, et ce sont ainsi plusieurs cycles qui rythment son évolution.

Depuis 2007, l’IA est de nouveau sur le devant de la scène, pour 3 raisons majeures : d'abord Internet, qui permet l’accès à un nombre inédit de données, pour entraîner les réseaux de neurones avec beaucoup plus de data, puis les puissances de calcul des machines et enfin les mémoires et stockages quasi illimités. De nouveaux espoirs apparaissent, et c’est aussi ce qui pose problème, car promettre tout et n’importe quoi au nom de l’IA risque de faire peur ou de décevoir, et faire replonger l’IA dans un nouvel hiver.

Le machine learning, le deep learning, n’aboutissent donc pas, à force de data étudiées, à ce que les objets puissent prendre des initiatives ?

Non, avec les technologies actuelles, la machine ne prend pas d’initiatives. Elle apprend (cumul de connaissances) et elle fait de la reconnaissance. La différence entre le passé et aujourd’hui, c’est qu’avant, les machines étaient programmées par règles. Si on oubliait des règles, on avait un bug. Aujourd’hui, tout est fondé sur la data. Le bug, à présent, serait d’utiliser des data biaisées. L’enjeu sera donc de choisir les bonnes données et de ne pas faire n’importe quoi avec. Dans tous les cas, la machine réagira en fonction des données et ne prendra pas d’initiative. Elle suit des règles. C’est précisément pourquoi elle n’est pas intelligente. L’intelligence, c’est l’innovation. L’innovation, c’est casser les règles : on crée quelque chose de nouveau, qui n’a pas été fait avant.

On a essayé de créer des neurones artificiels, entraînés par des données, en pensant qu’ils allaient créer de l’intelligence artificielle, comme par exemple reconnaître le langage ou les personnes. Ça n’a évidemment pas fonctionné.

C’est pourquoi vous publiez un livre intitulé « L’intelligence artificielle n’existe pas »…

Nous n’arriverons pas à copier le cerveau humain. Pourquoi ? Parce que le cerveau humain, s’il est moyennement intelligent, couvre une infinité de domaines d’intelligence. Un robot doté d’IA sera potentiellement plus efficace que le cerveau humain, mais pour une tâche extrêmement précise.

Par exemple, un robot connaîtra 100 % des coups possibles aux échecs ou même sera capable, pour des jeux dont les possibilités ne sont pas fermées, comme le go, de déterminer de nouveaux coups. Dans son domaine, le robot sera donc très efficace, mais le propre de l’intelligence humaine est d’être continue et infinie là où l’intelligence artificielle est discontinue et sporadique. On est très loin de l’intelligence.

Intelligence humaine vs intelligence artificielle

Alors que l’intelligence humaine (en noir) est continue et infinie, l’intelligence artificielle (en rose) est discontinue et sporadique.

Que dire de l’IA dans l’entreprise ?

Le monde de l’entreprise, c’est à la fois les usines (dans lesquelles les robots sont apparus depuis longtemps pour effectuer les tâches les plus ingrates) et des professions qui exercent des tâches répétitives et standardisées, pour lesquelles l’IA peut apporter des solutions. Il y a encore de gros potentiels dans ces secteurs.

Une certaine forme « d’intelligence » pourra naître de l’interopérabilité des objets. Quand 300 ou 1 000 objets communiquent entre eux, ils peuvent créer automatiquement à la fois les bonnes conditions pour travailler, les bons réflexes pour économiser l’énergie, etc. Nous en serons là quand ces objets nous surprendront, nous aideront comme un assistant humain le ferait. Il faut pour cela une interopérabilité plus fine, une analyse du contexte, de l’historique, etc. C’est sur cela que je travaille aujourd’hui.

Vous dirigerez en effet le nouveau laboratoire parisien de Samsung consacré à l’intelligence artificielle.
Quelles seront ses missions ?

C’est un laboratoire de recherche appliquée qui compte déjà une trentaine de personnes aujourd’hui et accueillera à terme 100 collaborateurs. Nous travaillons sur 3 domaines principaux :

  • L’IoT dans la sphère personnelle et le monde professionnel
  • La voiture. Elle sera de plus en plus autonome et deviendra « une maison qui bouge ». Que va-t-on faire dedans quand on n’aura plus à conduire ?
  • La santé. Comment peut-on améliorer la vie, le vieillissement ? Avec les data, on peut certainement apporter beaucoup dans ce domaine. À titre d’exemple, un robot qui va étudier 1 million d’imageries médicales liées au cancer du sein sera logiquement plus pertinent qu’un médecin qui en aura vu 10 000 et pourra l’assister efficacement dans son diagnostic.

L’assistant ultime, c’est celui qui sait faire autre chose que ce pour quoi il a été programmé au départ : il prend une initiative, c’est ça, l’intelligence.

Les 3 âges de l’IoT

Concernant les objets connectés, Luc Julia distingue 3 phases de développement, correspondant à 3 définitions possibles d’IoT :

- Internet of Things: des « choses connectées à Internet ». Une définition de base.

- Interoperability of Things: les objets se parlent entre eux, forment des communautés qui, ensemble, peuvent apporter un service, une aide.

- Intelligence of Things: les objets deviennent des aides, ils fournissent des services, sont de véritables assistants. C’est vers cette phase que nous devons tendre.

* Titre de son ouvrage paru en janvier 2019 chez First Éditions.

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