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Témoignage - Redman : " L'intelligence, c'est répondre à un besoin "

Témoignage Redman - Watch Out

MATTHIAS NAVARRO

CO-FONDATEUR ET ASSOCIÉ DE REDMAN

Avant de proposer une réponse technique qui transformera un immeuble en smart building, une profonde étude des besoins est indispensable. Et lorsqu’il est question de construction, c’est dès la conception que l’immeuble doit être intelligent.

Qu’est, ou que pourrait être, selon vous, un immeuble ou un actif immobilier intelligent ?

Je vais peut-être vous surprendre, mais pour moi, le bâtiment le plus intelligent que l’on connaisse est le bâtiment haussmannien. Il a démontré sa capacité à s’adapter, au fil des décennies, à d’importantes transformations. La taille des appartements a pu être modifiée pour augmenter ou réduire le nombre de lots. Des étages, voire des immeubles entiers, ont changé d’affectation : habitations à l’origine, devenues bureaux1, puis de nouveau habitations. C’est le bâtiment réversible par excellence, donc le plus durable et finalement le plus intelligent. Même d’un point de vue environnemental, il présente des atouts. Bien sûr, il n’est plus question de construire comme cela aujourd’hui, mais le modèle haussmannien, aux caractéristiques si fortes, peut tout à fait servir de source pertinente d’inspiration pour penser et concevoir la ville durable. Trop d’opérations de démolition sont menées actuellement sur des immeubles finalement récents, des années 60 et 70, pour ne pas considérer comme 1er critère d’intelligence d’un immeuble qu’il soit durable. La mutabilité, la réversibilité d’un immeuble, c’est cela, son intelligence. Démolir et reconstruire a un tel impact sur l’environnement qu’il faut y penser à la fois dans la conception d’immeubles neufs et dans la réhabilitation d’immeubles anciens. Démolir et reconstruire un immeuble, même s'il est basse consommation au final, est une aberration.

À quelle étape de la vie d’un actif immobilier l’intelligence entre-t-elle en ligne de compte, et sous quelle forme ?

C’est bien évidemment au moment de sa conception que l’immeuble va embrasser ses caractéristiques qui le définiront pour les décennies à venir, voire plus ! L’intelligence d’un bâtiment, c’est avant tout qu’il réponde à un besoin. La dimension « smart building » avec objets connectés est intéressante, mais ce n’est pas un objectif en soi. Aujourd’hui, les performances des immeubles sont normées et même légiférées pour certaines d’entre elles, il y a donc d’emblée une standardisation qui s’opère. On peut décider d’être plus ambitieux que les normes (exemple : porosité des façades à la 5G), mais cela doit être une réponse à un besoin avant d’être une finalité.

En revanche, le process de création d’un bâtiment étant extrêmement long, il faut être suffisamment agile et humble pour pouvoir être à l’écoute et se remettre en question lorsque c’est nécessaire.

Zoom projet

Le futur siège du monde, une réponse intelligente à une question impossible

Redman fait construire pour le Groupe Le Monde son nouveau siège de 23 000 m2, qui doit accueillir fin 2019 ses 1 400 collaborateurs.
Il s’agit d’un audacieux « immeuble-pont » aux dimensions impressionnantes (une portée de 90 m, soit plus large que le périphérique parisien) qui sera le signal d’entrée dans le quartier Paris rive gauche. L’architecte Snøhetta y a appliqué sa méthode, insistant sur l’intégration du projet dans le quartier et dans son environnement.

Le projet est un double défi : la structure de l’immeuble est une réponse intelligente à une question impossible et sa façade est l’une des plus complexes au monde (pixellisation, aléatoire mais tenant compte de contraintes visuelles, contraintes d’ensoleillement, 60 % de surface courbe, double paroi…).

Il a fallu déployer toute l’intelligence collective et créative d’équipes multidisciplinaires pour répondre aux nombreux défis qui se sont présentés à nous, parmi lesquels : comment construire un seul immeuble sur des dalles ferroviaires prévues pour deux ? Comment répondre aux exigences environnementales lorsque l’on construit sur une dalle en béton ? Comment répondre aux problématiques de sécurité lorsque l’on crée une place publique sous le bâtiment ? Comment conçoit-on un immeuble destiné à accueillir un média ? Comment organise-t-on une rédaction à l’heure du numérique ? Comment réunit-on des collaborateurs ayant des rythmes de travail différents (travaillant pour des quotidiens, hebdomadaires ou mensuels), des habitudes différentes (venant de bureaux cloisonnés ou d’open-spaces) ?

Pour aboutir à ce résultat, il a fallu oser et prendre certains risques calculés. L’intelligence est peut-être de prendre ce risque : celui de pouvoir se tromper, mais qui nous fait sortir des sentiers battus et des solutions stéréotypées.

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