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Grand Témoin - Philippe CHIAMBARETTA - Concevoir La Ville Et Les Bâtiments Comme Des Êtres Vivants

Grand Témoin - Philippe CHIAMBARETTA - Concevoir La Ville Et Les Bâtiments Comme Des Êtres Vivants

C’est l’un des rares architectes à disposer de son propre laboratoire de recherche. Philippe Chiambaretta, concepteur de la future tour Total ou de l’immeuble #cloud.paris, siège de Facebook et Blablacar, travaille en réseau. Il a déjà fait contribuer à ses publications plus de 150 scientifiques et penseurs dans le monde entier. Depuis 2015, il explore comment notre rapport à la nature et au vivant évolue avec la crise écologique, et comment les villes peuvent s’inspirer des mécanismes du vivant pour devenir plus résilientes. Il a synthétisé ces dernières recherches dans une revue-livre, Stream 04, véritable manifeste pour la « ville-métabolisme » : co-conçue, intelligente, fonctionnant de manière circulaire, capable de muter avec le temps et les usages…

Vous êtes allé très loin dans l’exploration des mécanismes vivants…

Depuis deux ans, nous avons rencontré des dizaines d’anthropologues, de biologistes, d’urbanistes, de philosophes ou d’artistes, souvent issus d’institutions réputées (Harvard, MIT, Collège de France…). En croisant leurs points de vue, on voit apparaître une nouvelle forme de relation entre l’homme et la nature. L’homme a conscience de son impact sur la planète et craint désormais les conséquences de ses actes. Il commence donc à dépasser le dualisme nature / culture, et à se considérer non plus dans la maîtrise, voire l’exploitation de la nature, mais dans sa domestication, dans l’échange. Cela a évidemment un très grand impact sur notre façon de vivre et d’habiter, donc sur nos villes.

Donc la ville, et les bâtiments, doivent réintégrer le vivant, voire fonctionner comme un être vivant ?

Oui, si elle veut devenir résiliente, et même survivre, la ville doit s’inspirer du vivant. L’idée en soi n’est pas nouvelle : dans les années 1960 au Japon, le Mouvement métaboliste imaginait déjà des villes très étendues, flexibles, qui s’étendaient de manière organique. Mais faute de technologies et d’une prise de conscience générale du problème écologique, elle est restée au stade d’utopie. Aujourd’hui, cette vision reprend toute sa force : il faut désormais concevoir des « villes-métabolismes », c’est-à-dire des villes et des bâtiments entièrement vivants et agiles. Cela devient même vital.

Quels sont les principes de ce que vous appelez la « ville-métabolisme » ?

Que ce soit à l’échelle d’un immeuble, d’un quartier ou d’une métropole tout entière, la ville doit être co-conçue avec tous ses habitants, et cultiver une grande mixité (habitation, travail, commerces et loisirs mélangés). Elle doit créer les conditions de développement d’écosystèmes (naturels, économiques, culturels…) qui échangent et s’enrichissent en permanence. La croissance se fait alors de manière naturelle, organique. Les bâtiments sont capables de fonctionner de manière circulaire, consommant leurs propres produits et recyclant leurs déchets. Et de muter dans le temps selon la nature de leur activité.

Qu’est-ce que ça implique concrètement, d’un point de vue conception et architecture ?

Le vivant, par nature, est complexe. S’inspirer du vivant pour construire l’est aussi. Pour bâtir une ville ou un bâtiment-métabolisme (nous sommes en train d’en construire un, expérimental, à Paris, baptisé le « Stream Building »), il faut combiner plusieurs approches. Je citerai les plus importantes : s’appuyer sur les milieux présents (la nature du terrain, les écosystèmes existants…) ; penser l’architecture comme une membrane (qui accueille voire laisse passer l’air, les flux, les êtres vivants) ; garder l’architecture ouverte (elle doit pouvoir s’adapter à l’imprévu, au temps) ; stimuler l’intelligence collective en faisant intervenir très en amont une palette très large de concepteurs (paysagistes, sociologues, économistes…) et d’utilisateurs (futurs locataires, riverains, visiteurs…) ; dépasser la simple végétalisation, introduire de l’agriculture et de la biodiversité urbaine ; utiliser des nouveaux matériaux hybrides (bois augmenté, béton végétalisable…) ; rendre le bâti intelligent grâce à la data ; concevoir des structures en trames pour assurer la modularité et la réversibilité d’un immeuble... C’est d’hybrider tout cela, et plus encore, qui rendra nos bureaux1, nos habitations, nos villes vivantes. Et agiles.

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